Le grand théâtre du monde # 5 - Theatre Pau
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Le grand théâtre du monde # 5

La pluie et le grand théâtre du monde

Le grand théâtre du monde # 5

Le grand théâtre du monde #5 est aujourd’hui en compagnie de Fanny Lefebvre qui a accepté d’écrire un texte au sujet de « La pluie » de Daniel Keene (auteur Australien traduit en France par Séverine Magois). Notre compagnie Théâtre Chat Bus a crée cette pièce en mars 2014 avec dans le rôle d’Hanna , Valérie Leconte et à la mise en scène et à la scénographie, Olivier Chambon. La jeune auteure, diplômée de Lettres modernes a assisté a une bonne partie des répétitions et des représentations. Saluons ici sa générosité, son intelligence ainsi que sa pétillance ! (et tant d’autres qualités pour un brin de femme encore si frais). Voici donc l’intégrale du texte de Fanny :

« Il fut un temps »

L’histoire commence comme un conte, un conte dont les fées étaient pourtant bien loin…A moins que ce soit elle, la fée, vieille fée, gardienne de la mémoire…Car oui, il fut un temps où il se passa ce que nous savons tous, mais que nous ne dirons pas, car elle ne le dit pas. Elle parle pourtant, long monologue, qui jaillit et qui peine, qui renonce et se perd, mais continue pourtant.

Dire, il lui faut dire, elle a besoin de dire. Elle est par la parole après avoir été par les choses, données, au bout d’un champ traversé de rails, par des centaines de gens qu’elle ne connaissait pas, et qui allaient partir avalés par des trains, pour ne plus revenir. Et gardant leurs affaires, elle les a gardés, ces inconnus. Elle a vécu par eux, elle a vécu pour eux, ils ont vécu en elle.

Des affaires, des centaines d’affaires, s’amassant dans sa maison, comme ces centaines de gens s’amassaient dans les trains, pour finalement, les uns comme les autres, tomber en poussière. Avant l’oubli, la poussière. Entre la poussière et l’oubli, elle, seule, demeure, vacillante, chancelante, comme la parole du souvenir qu’elle profère encore, qu’elle profère enfin, qu’elle nous donne et que nous recevons, comme elle a un jour reçu les souvenirs de ceux qu’elle ne connaissait pas. Seule dans un champ, seule dans sa maison, seule sur la scène, elle se fait lien entre passé et présent, lien entre la mémoire et l’oubli, lien entre ces inconnus et nous.

A ceux que l’Histoire a érigés en symboles, elle redonne vie quand la vie lui échappe. Elle leur rend leurs traits, elle les rend humains, les rend à l’existence. Ce n’est pas l’histoire qu’elle raconte, c’est une histoire, la sienne, qui un jour croisa la leur, et qui, aujourd’hui, croise la nôtre.

« Il fut un temps »

Ce temps pourrait se décliner en bien d’autres encore. Combien d’affaires auraient pu trouver refuge dans sa maison ? Combien d’oubliés pourraient renaître par sa parole ? Seule, et pourtant habitée de tous, elle se dévoile dans son humanité, afin de venir, au fil des mots, cueillir la nôtre.

Fanny Lefebvre.

VL

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